Alice in Murderland, Alice in Deadland

Un roman et un manga qui revisitent le conte d’Alice au pays des merveilles


Certains contes restent, au fil des années, des sources d’inspirations intarissables. Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll est l’un d’eux. Avec plus de 150 ans au compteur, on ne compte plus les adaptations de cet ouvrage. Aujourd’hui, je vous propose de mettre en parallèle deux œuvres, un roman et un manga, qui revisitent librement le conte d’Alice, en y ajoutant chacun à leur manière une bonne dose d’action, de zombies et d’hémoglobine. 

Le roman : Alice au Pays des Morts-Vivants, Mainak Dhar

Pays des Morts, Inde. Du monde d’hier, il ne reste rien, juste les armes, nécessaires à la survie. Depuis qu’un virus a réduit la quasi-totalité de l’humanité à l’état de zombies, le Comité Central règne sur cette partie du globe. L’instrument de son pouvoir : son armée, Zeus.

Alice, quinze ans, vit dans une communauté restée indépendante et libre. Pour toute école, elle n’a connu que celle du combat. Mais elle y excelle. Lors d’une patrouille, elle surprend un mort-vivant portant des oreilles de lapin roses qui sort subitement de terre, puis qui disparaît. Des rumeurs parlent d’un réseau souterrain où les Mordeurs se réfugient.

Sans l’ombre d’une hésitation, elle s’engouffre à sa suite. Et chute…

Alice au pays des morts vivants mainak dhar

Mainak Dhar est un auteur indien qui s’est illustré à l’international grâce à l’auto-édition sur Amazon. Alice au pays des Morts-Vivants est son second roman, et est actuellement en cours d’adaptation en série TV aux Etats-Unis. Mélangeant le phénomène des zombies au loufoque Alice au pays des merveilles, le roman de Mainak Dhar à de quoi intriguer. Nous sommes face à une libre interprétation de l’oeuvre de Lewis Carroll : la jeune Alice, parée de ses cheveux blonds caractéristiques, est une tireuse d’élite plongée dans un monde post-apocalyptique qui n’a rien du pays des merveilles. Comme la véritable Alice, elle suivra un étrange lapin, et tombera dans le terrier des mordeurs. Elle y rencontrera une Reine pour le moins excentrique, ainsi qu’un chapelier zombie, et découvrira qu’Alice au pays des merveilles, l’un des derniers livres de l’ancien monde, est devenu une prophétie dont elle serait la clef.

Les similitudes avec le conte d’origine s’arrêtent là. Moins fantaisiste qu’elle en l’air, l’histoire de cette jeune fille flirte avec une histoire de complots et d’enjeux politiques. Comme dans toute histoire de zombies qui se respecte, l’humanité et les grandes puissances sont loin d’être toutes blanches dans cette affaire de mordeurs. Il est très intéressant de voir les doutes d’Alice face à son combat : peu d’œuvres du genre donnent aux zombies autre chose qu’un rôle de figuration. Ici, ils ne sont pas simplement des êtres stupides qui ont faim de chair humaine !

L’énorme problème de ce Alice au pays des Morts-Vivants est cependant le style d’écriture de l’auteur : sans image, factuel au possible, on se retrouve face à une accumulation d’actions présentées plutôt platement… Difficile de cette façon de ressentir de l’empathie pour les personnages malgré les horreurs qu’ils vivent. Car des rebondissements, il y en a ! Mais en dehors d’Alice, les personnages ne sont pas ou peu développés. L’oeuvre se lit malgré tout avec une grande facilité, et se concentre sur des combats très (trop?) détaillés mais sans futilité. Affrontements contre des hordes de mordeurs, raids contre les armées Rouge et de Zeus et autres stratégies militaires, Alice au pays des Morts-Vivants parlera aux mordus d’action. Toutes les questions sont loin d’être élucidées dans ce tome, le premier d’une trilogie. Le second tome, Alice au pays des Morts-Vivants, Au delà du Mouroir, vient juste de sortir, ce 10 novembre, en français.

Le manga : Alice in Murderland, Kaori Yuki

La famille Kuonji possède l’un des plus puissants groupes industriels au monde. Lors de la traditionnelle tea party mensuelle qui rassemble ses neuf enfants, la dirigeante, Olga, annonce solennellement qu’il est grand temps pour l’élu(e) qui héritera du groupe de se distinguer. Pour ce faire, il, ou elle, devra massacrer ses frères et soeurs jusqu’au dernier…

Face à ce jeu macabre imposé par une mère au coeur cruel et un père devenu fou, Stella, la quatrième de la fratrie, semble sombrer dans la schizophrénie et laisse place à une fille blonde, en robe bleue et au tablier blanc, à la beauté mortelle !

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Kaori Yuki est l’une de ces mangakas qui ne laisse pas indifférent. Son style élégant, ses thèmes délicieusement gothiques et son ton décalé sont tout simplement inimitables. On lui doit les incroyables Angel Sanctuary, Comte Cain/God Child ou encore l’hilarant Ludwig Revolution. Si toutes ses séries ne sont pas des chef-d’oeuvre, c’est toujours un moment spécial que de découvrir ses nouvelles histoires. Pour Alice in Murderland, Kaori Yuki n’y va pas par quatre chemins : on est, dès les premières pages, plongé dans un conte fantastique et morbide au possible.

Egalement une adaptation libre d‘Alice au pays des merveilles, le manga reprend certains codes de l’oeuvre de Lewis Carroll : on a, bien sûr, Alice, le double meurtrier de l’héroïne, la Tea Party, et certains personnages, comme les parents ou Tsukito, campent des rôles clefs comme le lapin blanc, la reine ou le chapelier. Si l’histoire a l’air plus ou moins ancrée dans la réalité au premier abord, le surnaturel prend le dessus de façon déroutante : les membres de cette famille malsaine, qui font honneur au « Nous sommes tous fous ici » du chat du Cheshire, sont en fait des bandersnatch, des créatures crées par Lewis Carroll dans la suite d’Alice au pays des merveilles, De l’autre côté du miroir.

Superbe et dense graphiquement, que ce soit dans les scènes d’action ou dans les émotions des personnages et leur design, Alice in Murderland colle complètement à l’univers gothique de Kaori Yuki. On retrouve l’horreur et la violence de ses thèmes récurrents – les contes, les parents cruels, la folie, les relations ambiguës entre frères et sœurs, ou les personnages double facettes -, son humour caractéristique et ses histoires aux airs de romans noirs qui se délient toujours de manière tordue. Le manga souffre cependant d’un trop grand nombre de personnages secondaires assez clichés, aux motivations peu claires ou parfois difficilement crédibles.

Entre la schizophrénie de Stella, le jeu macabre à la battle royal, le passé trouble des différents protagonistes (tous très dérangés), les doubles jeux et trahisons, ainsi que les différents éléments surnaturels, on a du mal à imaginer comment va évoluer cette histoire qui part littéralement dans tous les sens. Suffisamment de questions sont toutefois posées pour susciter l’intérêt. Il est ainsi difficile de se faire un avis tranché sur ce Alice in Murderland en seulement deux tomes, le meilleur comme le pire pouvant découler de cette histoire aussi sens dessus dessous que le conte de Carroll … Alice in Murderland est une série en cours, avec 6 tomes au Japon. Deux sont pour le moment disponibles en France, et le troisième est prévu pour le 30 novembre. Un extrait du premier  est disponible sur le site de l’éditeur.

Oiseau de nuit créatif et dans la lune, accro à la théine. Grande adoratrice de la licence The Legend of Zelda et de RPG (The Witcher, NieR, Fire Emblem), j’aime également me perdre dans un bon livre.

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