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The Last Guardian : l’arlésienne devenue merveille


The Last Guardian fait partie de ces jeux que l’on attendait plus. Et pourtant, Fumito Ueda et Japan Studio nous ont livré en décembre 2016 la pièce manquante à leur édifice, le dernier né d’une trilogie débutée avec les inoubliables ICO et Shadow of the Colossus. On y incarne un garçon sans nom aux tatouages étranges qui se réveille aux côtés de Trico, une créature chimérique bien mal en point. Beaucoup de questions, une seule certitude : les deux personnages doivent s’entraider pour sortir de ce mystérieux dédale. 

Le jeu rappelle ses illustres prédécesseurs à bien des égards. Il partage avec ICO et Shadow of the Colossus son ambiance éthérée si particulière, cet univers où une nature imposante se mêle à des temples antiques et dépeuplés. Comme Ico en la délicate Yorda, le protagoniste trouve en Trico un compagnon de route. Notre imposant ami aux allures de griffon est criant de réalisme, dans ses attitudes jusque dans le soin apporté à son apparence ; on devine la douceur de ses plumes et son intérêt pour ce qui l’entoure dans ses grands yeux très expressifs. Il est difficile de rester de marbre face à cette énorme bête pataude, curieuse et têtue. Un ordre un peu trop insistant et Trico grognera de mécontentement, poussant parfois l’affront jusqu’à s’assoupir au beau milieu du chemin. Une flaque d’eau ou une corde intrigante et il s’amusera comme un chaton. Quand à ses gémissements inquiets, ils passent toute envie de s’éloigner de l’affectueux animal. Pour toutes ces raisons, Trico est sans aucun doute l’un des compagnons à quatre pattes les plus touchants du jeu vidéo.

La crédibilité de Trico n’aurait pu être la même sans les qualités artistiques du jeu. Si Trico se fond parfaitement dans un environnement aussi réaliste que féerique, le garçon se détache par son design plus coloré. Les décors, notamment en extérieur où ils se veulent lumineux et aériens, sont magnifiques. On se plait à explorer les tours chargées de mystères, à voir Trico s’assoupir dans des grottes où virevoltent papillons et autres poussières gorgées de soleil. La lumière, parlons-en ! Cette dernière, qui s’invite par intermittence entre les vieilles pierres et les plumes de notre compagnon, livre des scènes à couper le souffle et sublime l’univers d’Ueda.

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Minimaliste et maîtrisé, non sans quelques couacs

The Last Guardian n’est pas pour autant une expérience dénuée de problèmes. Certains sont même assez agaçants, à l’image d’une caméra capricieuse, notamment lorsque l’on est sur le dos de Trico. La créature étant particulièrement imposante, certains passages dans des lieux confinés se révèlent difficilement lisibles. Et aussi incroyable et indiscipliné que soit notre compagnon à plumes, l’IA de ce dernier est parfois un peu dans les choux, et il faudra s’y reprendre de multiples fois pour arriver à lui faire comprendre nos intentions.

Mais ces défauts sont loin d’être rédhibitoires et sont aisément éclipsés par un level design maîtrisé et des énigmes qui mettent parfois à rude épreuve notre capacité d’observation. A contre courant des productions qui privilégient l’action et un rythme effréné, le jeu nous oblige à prendre le temps d’observer, de réfléchir, et ainsi tirer le meilleur du décor mis à notre disposition. Que ce soit dans des salles exiguës ou juchés sur des structures à ciel ouvert qui donnent le vertige, The Last Guardian propose un terrain de jeu varié et amusant. L’aventure oscille habilement entre des scènes de réflexion et des affrontements avec les sentinelles (que Trico aura tôt fait de réduire en charpie), et est ainsi prenant et jamais redondant. La confiance et l’interaction entre Trico et le garçon, là est d’ailleurs tout le coeur du gameplay de The Last Guardian : les deux compagnons ne peuvent avancer l’un sans l’autre, chacun disposant de ses propres capacités et failles. Si le garçon est en position de faiblesse face aux ennemis et doit se reposer sur Trico, ce dernier reste un animal aux réactions de peur parfois imprévisibles, et il faudra à tout prix rassurer notre ami pour avancer.

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Une mise en scène juste et émouvante pour un lien indéfectible

C’est au fur et à mesure de leur aventure, où l’entraide est primordiale, qu’un lien si spécial va se créer entre Trico et le garçon. Nul besoin de mots pour décrire cette amitié qui naît devant nos yeux, peu à peu. Le garçon sans nom et la bête dévoreuse d’hommes vont s’apprivoiser mutuellement jusqu’à devenir inséparables. Un conte classique, certes, mais The Last Guardian le raconte si bien. Le scénario est presque absent tout au long du jeu mais ne manque jamais, grâce à un gameplay qui sert parfaitement la narration. Le mystère entourant Trico et le garçon, leur rencontre, leur destin, restent entier jusqu’à la fin de l’aventure, le narrateur, très discret, ne dévoilant que l’essentiel. Et le dénouement ne manquera pas de toucher en plein coeur les plus sensibles d’entre nous tant il est puissant et bouleversant, tout cela grâce à une mise en scène minimaliste et subtile, qui n’en fait jamais trop. Une merveille.

Concernant l’ambiance sonore du jeu, on notera un travail incroyable sur les sons. La musique, composée par Takeshi Furukawa est discrète, atmosphérique et même grandiose quand il le faut, mais la place est laissée aux bruits qui nous entourent : le vent s’engouffrant dans les ruines qui servent de terrain de jeu, divers craquements de bois, les cliquetis des structures métalliques ou encore les grognements de Trico. L’immersion est totale et cette ambiance sonore, contribue à cette impression de solitude et d’immensité dégagée tout au long du jeu.

Sublime conclusion à la trilogie de Fumito Ueda, The Last Guardian est un jeu inoubliable à bien des égards, et ce, malgré ses quelques défauts techniques. Mais c’est surtout de Trico, créature aussi fascinante qu’attachante, dont on se souviendra longtemps après avoir déposée sa manette …

Oiseau de nuit créatif et dans la lune, accro à la théine. Grande adoratrice de la licence The Legend of Zelda et de RPG (The Witcher, NieR, Fire Emblem), j’aime également me perdre dans un bon livre.

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3 commentaires sur “The Last Guardian : l’arlésienne devenue merveille

  • Séverine

    Salut,
    Je trouve ton analyse très intéressante à lire. D’ailleurs, j’ai le même avis que toi concernant The Last Guardian. Malgré les petits bugs techniques, l’expérience de jeu reste agréable.