Miss Peregrine et les enfants particuliers

Miss Peregrine et les enfants (pas si) particuliers


Miss Peregrine et les enfants particuliers est la nouvelle production de Tim Burton après Edward aux mains d’argent (1991), Charlie et la Chocolaterie (2005) ou plus récemment Big Eyes (2014). Adapté du roman à succès de l’auteur américain Ransom Riggs, le film est sorti en salles le 5 octobre 2016.  On y suit Jake (Asa Butterfield), un adolescent introverti, en quête de réponses après la mort de son grand père adoré.Le vieil homme lui contait sans cesse ses fabuleuses aventures auprès de Miss Peregrine, dans un orphelinat pour enfants « particuliers » perdu sur une île au Pays de Galles. Pour dénouer le vrai du faux et faire son deuil, Jake décide de partir sur ses traces. 

 

Cet attachant grand père croyant dur comme fer à ses histoires n’est pas sans évoquer celui de Big Fish. Sauf qu‘Abe Portman (Terence Stamp) n’exagère en rien ses aventures d’enfance : pour le protéger des nazis pendant la guerre, ses parents décident de l’envoyer dans une pension tenue par Miss Peregrine (Eva Green), une « Ombrune » capable de se transformer en oiseau, mais surtout créer des boucles temporelles. Dans son étrange manoir, elle accueille et protège des enfants aux dons étranges. Ensemble, ils revivent sans jamais vieillir la même journée de 1943, qui se termine toujours de la même manière : alors qu’un missile s’abat sur le domaine, Miss Peregrine remonte le temps sur sa montre de gousset.

Le petit fils va alors remplacer son grand père auprès de ces éternels enfants. Il rencontre notamment Emma (Ella Purnell), une jeune fille aussi légère que l’air et qui risque à tout moment de s’envoler, une petite à la force surhumaine, un garçon invisible ou encore un marionnettiste capable de donner vie à des êtres inanimés. Dans ce cocon haut en couleur, chacun s’accommode de sa singularité. Jake doute de sa place auprès de ces êtres hors du commun, lui qui est un adolescent tout ce qu’il y a de plus banal – en apparence.

Un univers taillé pour Tim Burton

Personnages de freaks immortalisés sur de vieilles photos victoriennes, d’étranges expériences scientifiques, des monstres aux airs de Slender Man … l’ambiance de Miss Peregrine est incroyable. Difficile d’imaginer un autre cinéaste que Burton s’emparer de cet univers qui colle si bien au sien. On retrouve d’ailleurs diverses références à ses autres films comme Big Fish, Alice au pays des merveilles ou encore à Edward aux mains d’argent. Le quartier de Jake à San Fansisco ressemble à s’y méprendre à celui d’Edward. De même que les jardins du manoir, où on aperçoit des sculptures feuillues qui semblent tout droit taillées de la main de ce dernier. La photographie de Miss Peregrine est fabuleuse, à l’image de scènes comme celles du bateau immergé ou la séance de cinéma improvisée.

Mais il n’y a pas que visuellement que cette histoire parle au cinéaste, puisqu’on retrouve des thèmes chers à Burton : les liens paternels, les monstres, la mort, la différence qui devient une force, l’innocence et le rêve dans un univers sombre et féérique. Après sa collaboration avec Burton dans Dark Shadows, Eva Green se fait en Miss Peregrine magnétique et attachante. Hypnotique, parfaitement à l’aise dans son rôle d’Ombrune, Eva Green est une muse toute trouvée pour Burton. La jeune Ella Purnell évoque quand à elle Winona Ryder (Edward aux mains d’argent) ou Christina Ricci (Sleepy Hollow).

Comme un manque d’étincelle

Avec ce manoir victorien peuplé de rejetons atypiques comme Burton les adore, tout était réuni pour permettre au cinéaste de s’épanouir. Et pourtant, Miss Peregrine et les enfants particuliers manque de ce petit quelque chose, de ce supplément d’âme qui rendait un Big Fish ou Les Noces Funèbres inoubliables. Adapter une oeuvre littéraire aussi inventive que son univers à lui, la faire sienne sans la trahir, n’a-t-il pas bridé Burton ? L’imagination est là, mais les personnages restent superficiels de même que leurs aventures, qui laissent trop de questions sans réponse.

Si certains passages matérialisent avec justesse nos peurs d’enfants les plus enfouies, et semblent faire basculer le film vers l’intensité qu’il méritait, il garde tout au long un ton léger qui le dessert. On a du mal à s’attacher aux personnages réduits pour la plupart à leur particularité et qu’on ne connaîtra qu’en surface, à croire aux menaces qui pèsent sur le havre de paix intemporel de Miss Peregrine, aux romances adolescentes surfaites qu’il nous présente. Le méchant, incarné par Samuel L. Jackson à grand renfort de blagues potaches, est plus caricatural que réellement impactant. Et ce n’est pas l’OST, complètement anecdotique, qui fera vibrer nos cordes sensibles. Sans surprise, un peu lisse, voilà l’impression que laisse ce Miss Peregrine et les enfants particuliers, malgré la poésie et l’imagination éclatante qui se dégage de certaines scènes. Impeccable sur le plan technique, visuellement enchanteur, la magie peine pourtant à opérer 

Oiseau de nuit créatif et dans la lune, accro à la théine. Grande adoratrice de la licence The Legend of Zelda et de RPG (The Witcher, NieR, Fire Emblem), j’aime également me perdre dans un bon livre.

Laisser un commentaire