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Le mythe du loup-garou revisité par Anne Rice


Le Don du Loup (The Wolf Gift), c’est le nouveau roman d’Anne Rice, la célèbre auteur des Chroniques des Vampires et de la Saga des sorcières Mayfair. Après les vampires et les sorcières, celle qui a révolutionné le fantastique s’attaque au mythe du loup-garou.

San Fransisco de nos jours. Un jeune et talentueux journaliste de 23 ans, Reuben, est chargé d’écrire un article sur l’incroyable et mystérieuse propriété de Nideck Point. Il rencontre ainsi Marchent Nideck, héritière de la dite demeure. Au cours de leur rencontre, il tombe sous le charme de cette demeure et de sa propriétaire. Mais ce qui devait être une nuit idyllique pour Reuben vire au cauchemar, le jeune homme étant attaqué par une mystérieuse créature de l’ombre

Un mythe ancré dans notre réalité et notre époque

Ce qui est édifiant chez Anne Rice, c’est sa faculté d’ancrer les mythes dans la réalité. Rien n’est laissé au hasard, tout est explicité et cohérent. Dans La Reine des Damnées, elle expliquait l’origine des vampires, leur raison d’être. Dans Le Don du Loup, elle relate la transformation de l’homme-loup dans ses moindres détails, de ses symptômes les plus insignifiants à ses manifestations les plus exceptionnelles, remet en cause nos croyances sur ce mythe (La transformation un soir de pleine lune, c’est un peu kitsch non ?) et surtout relate leur histoire, leurs origines datant de la nuit des temps. On y croirait presque !

Des personnages profonds, même dans leur monstruosité.

Les personnages sont très intéressants. Tous ont leur personnalité et leur ressentis, des personnages principaux comme Reuben ou Laura, à ceux plus au second plan comme Grace, la mère rongée par la transformation de son fils, ou Céleste, la petite amie délaissée. Les loups-garous sont en proie aux mêmes doutes existentiels que nous, simples mortels: quelle est ma raison d’être ? suis-je une créature du bien ou du mal ? ai-je le choix de mon destin ? Et c’est ça qui différencie les ouvrages d‘Anne Rice et Le Don du Loup en particulier des romans de fantastique traditionnels. L’action, bien que présente, n’est pas le centre de l’intention. C’est la psychologie des personnages,  leur évolution devant ce destin incroyable qui est mis en valeur, mais aussi leur solitude, leur peur devant la perte progressive de leur humanité et leur besoin invincible d’être reconnus de leurs semblables. Cela en fait des personnages touchants, qu’on accompagne dans leurs bons ou mauvais choix.  N’est-ce pas un moyen pour Anne Rice de nous faire nous questionner sur notre propre humanité ? Le monstre n’est en effet jamais celui qu’on croit ! Si les loups-garou sont des êtres bestiaux et sanguinaires, obéissant à leur instincts et leurs sensations, les êtres humains ne sont pas en reste.

Un style élégant et percutant

Mais ne croyez pas que ce roman soit uniquement cérébrale et sans action ! Anne Rice n’a pas de tabous. Elle pousse l’horreur jusque dans ces retranchements les plus sombres : violence, perversité et déviance, elle n’hésite pas à montrer jusqu’où l’humanité est capable de pousser ses vices. La bestialité sanguinaire des loups-garous, se délectant de chaire humaine, est également dépeinte sans voile. Mais ce, toujours avec élégance ! Car le style d’Anne Rice, c’est ça : rendre l’immonde esthétiquement beau. Sa plume n’est jamais vulgaire, ni gore, les images s’imposent d’elles même dans notre imaginaire, ce qui rend les évènements encore plus percutants et choquants. Pour tout avouer, certaines scènes m’ont laissées une impression telle que j’en ai fait des cauchemars...

De même pour les scènes érotiques, rien à voir avec la vulgarité (assumée, certes, mais qui est loin de faire l’unanimité) de certains romans en tête des ventes… Tout n’est qu’images et volupté. Anne Rice fait des hommes-loups des personnages sensuels, de chairs, et ce même dans leur amours. La scène de rencontre entre Laura et Reuben est en effet d’une grande poésie, comme sortie d’un rêve.

Ce rêve, il se poursuit d’ailleurs dans les descriptions de l’univers des hommes-loups. La nature est magnifiée, personnifiée. On suit avec ravissement l’évolution de l’homme loup dans son environnement, avec lequel il cohabite en harmonie. Cet univers est celui des sensations, et de la vie brutale et animale : la survie, la mort, le combat entre les espèces (Je pense à cette scène où Reuben-loup combat la panthère).

Puisqu’il faut bien citer quelques défauts …

Alors oui, ce livre est formidable ! Malgré tout, quelques éléments sont gênants. Anne Rice semble si soucieuse d‘ancrer son récit dans la réalité, et donc dans notre époque, qu’elle pousse selon moi le vice un peu loin : les marques les plus connues de notre quotidien sont parfois utilisées abusivement. Si cela prête à sourire dans un premier temps, cela devient franchement agaçant (iPhone, Bose… à toutes les sauces … C’est lassant !) … Heureusement, cette énumération diminue au fil du roman pour n’être qu’un mauvais souvenir.

Les réflexions religieuses pourront peut être dérouter certains (le frère de Reuben, Jim, étant dans les ordres, les questions théologiques reviennent régulièrement). Même s’il est vrai que l’on a pas l’habitude de voir traiter ces thématiques  de cette manière dans le fantastique, je les ai trouvé justifiées et cohérentes  !

Un livre à dévorer sans hésitation

Si vous avez aimé les Chroniques des vampires ou si vous êtes amateurs de fantastique, ce livre est fait pour vous. Doté de grandes qualités littéraires, d’une histoire intéressante et revisitant avec brio le mythe du loup garou, tout est réuni pour s’évader dans une lecture qui vous laissera penseur et ravi. Vivement la suite !

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Mes autres articles sur Anne Rice :
Anne Rice en séance de dédicaces à Dijon

Oiseau de nuit créatif et dans la lune, accro à la théine. Grande adoratrice de la licence The Legend of Zelda et de RPG (The Witcher, NieR, Fire Emblem), j’aime également me perdre dans un bon livre.

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